Tribune du Comité Syndical Francophone de l’Éducation, de la Formation : Face aux défis planétaires, une solution d’avenir : l’école publique !

Un ensemble de représentants syndicaux de l’éducation de pays francophones relaie un plaidoyer pour l’école publique : « Faites confiance à ses personnels, investis, dévoués, engagés. Cessez de faire des économies sur les rémunérations,et les conditions de travail des personnels. Cessez de laisser la voie libre aux écoles privées qui essaiment dans tous nos pays. »

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Le comité syndical francophone de l’éducation et de la formation, créé en 1987, a réuni son bureau à Dakar, au Sénégal, du 19 au 21    mai 2026. Les membres du bureau, syndicalistes de l’éducation, veulent en profiter pour faire une déclaration solennelle : dans l’espace francophone comme dans le monde entier d’ailleurs, concernant le droit à l’éducation, nous sommes à la croisée des chemins.

Nous représentons des millions d’éducatrices et d’éducateurs, qui chaque jour, font face au défi de l’instabilité géopolitique, à l’anxiété croissante liée au changement climatique, aux bouleversements technologiques, notamment l’intelligence artificielle. Face à ces défis, nous sommes la solution, le levier d’action majeur de la puissance publique.

Nous avons relayé à Dakar, ce 18 mai 2026, la campagne de plaidoyer pour l’école publique lancée par l’Internationale de l’éducation : « La force du public, ensemble on fait école ». Il faut financer l’école publique. Il faut respecter et valoriser les personnels qui la servent. Il faut impliquer les personnels éducatifs dans les politiques éducatives, avec un dialogue social ambitieux. Il faut des critères de financement publics exigeants, contraignants, pour permettre à l’école de jouer son rôle et à ses personnels de travailler dans de bonnes conditions, avec des effectifs raisonnables en classe, et des rémunérations attractives pour les jeunes diplômés.

Nous, membres du bureau du CSFEF, issus d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Afrique, nous avons un message pour l’opinion publique francophone.

Le droit à l’éducation n’est pas un concept creux, c’est une urgence absolue. Dans les pays en guerre, dans les régions en crise, fréquenter une école, accéder au savoir, développer des compétences sociales, c’est apprendre à vivre ensemble. Éduquer à l’égalité entre les femmes et les hommes, aux enjeux du changement climatique, développer des compétences numériques, c’est préparer les bases d’un monde plus durable, prévenir le désespoir et la haine qui sont source de tant de conflits dans nos sociétés.

Dans la déclaration d’Accra, le 24 février 2026, des syndicalistes de l’éducation issus de 10 pays francophones, en lien avec la région Afrique de l’Internationale de l’Education, ont alerté les états africains sur le défi majeur de la pénurie d’enseignants qui déstabilise les systèmes éducatifs nationaux. Le groupe de travail de l’ONU sur la condition enseignante a fait une série de propositions, actées au sommet de l’UNESCO d’août 2025 à Santiago du Chili, dont nous demandons la mise en œuvre.

Faites confiance à l’école publique ! Faites confiance à ses personnels, investis, dévoués, engagés. Cessez de faire des économies sur les rémunérations, les carrières, la formation et les conditions de travail des personnels.

Cessez de laisser la voie libre aux écoles privées qui essaiment dans tous nos pays. Cet essor a un impact désastreux sur la cohésion sociale, quand la concurrence de l’école privée, dans tous nos pays, renforce la ségrégation scolaire et les inégalités de destin. La recherche de la rentabilité rapide par ces chaînes d’écoles privées standardisées, à bas coût, qui misent tout sur le bachotage et qui maltraite élèves et personnels, a des conséquences désastreuses et ne participe pas, bien au contraire, au rayonnement de la langue française.

Nous, membres du bureau du CSFEF, allons demander à tous les pays de la francophonie d’ouvrir une concertation sur l’avenir de l’école publique.

Nous demandons aux pays membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie de prendre à bras-le-corps cet enjeu de l’école publique et prendre appui sur le document d’orientation et de réflexion de la CONFEMEN (ministres de l’éducation de l’OIF) pour faire de la construction des systèmes publics éducatifs de qualité, notamment par la comparaison et l’échange entre pays francophones et entre personnels éducatifs, un pilier central de sa politique de coopération. Cette construction passe par un investissement public à la hauteur de ce besoin : 6 % du PIB et 20 % des dépenses de chaque état doivent au moins être consacrés à l’éducation.

Signataires

Claire Guéville, présidente du Comité Syndical Francophone de l’Éducation et de la Formation
Luc Beauregard, secrétaire général du CSFEF
Jokebed Mougalbaye Djikoloum, Vice-présidente du CSFEF, SET, Tchad
Nicolas Anoto, vice-président du CSFEF, UNSA Education, France
Josianne Beaumont, trésorière du CSFEF, FCE-CFT, Canada
Abdelaziz Sahibed-Dine, délégué au bureau, SNESUP, Maroc
Appoline Fagla, déléguée au bureau, SNEP, Bénin
Kadiatou Bah, déléguée au bureau, SLECG, Guinée
Moustapha Guitteye, délégué au bureau, SNEC, Mali
Rémy Nsengiyumva, délégué au bureau, STEB, Burundi
Alexandra Bojanic, déléguée au bureau, FSU-SNUIPP, France
Francesca Marchesini, déléguée au bureau, SER, Suisse
Adrian Voica, délégué au bureau, FSLI, Roumanie
Christine Gauthier, déléguée au bureau, FNEEQ-CSN, Québec
Eric Gingras, délégué au bureau, CSQ, Québec