Lancée en 2012 par Eric Mestrallet (ancien vice-président du MPF et militant de Civitas), l’opération relève du marketing. L’ouvrage manifeste est co-signé par Harry Roselmack (mais écrit par Anne Coffinier de la Manif pour Tous). Le projet est parrainé par Djamel Debbouze et Alexandre Jardin. La première école ouvre à Montfermeil avec l’aide du maire Xavier Lemoine alors vice président du parti de Christine Boutin. Cela suscite un véritable emballement médiatique. Mélissa Theuriau y consacre un documentaire de 52 minutes, le Figaro 8 pages, et (même) Télérama 4 pages (sans faire preuve d’esprit critique). Les politiques ne sont pas en reste : Fillon l’érige en modèle lors de la campagne de 2017 et LREM a invité Eric Mestrallet à sa convention sur l’éducation. Le projet se veut à la fois novateur et traditionnel. Il allie pédagogie "positive" et remet au goût du jour les pratiques de la IIIème République : salut du drapeau, uniformes non-mixtes, Marseillaise quotidienne, apprentissages centrés sur les fondamentaux (français et maths). Le tout dans le cadre de petits groupes de 15 à 23 élèves (forcément attrayant quand les classes sont surchargées dans les établissements publics voisins), encadrés par des “éducateurs” “aconfessionnels” (mais qui revendiquent leur foi chrétienne). L’objectif affiché est de lutter contre le décrochage scolaire et de favoriser l’intégration. Par la suite, 7 autres écoles sont ouvertes dans des quartiers populaires. Les écoles bénéficient de dons privés des grandes entreprises du CAC 40 (Vinci, L’Oréal, Auchan) mais également de subventions publiques directes (Wauquiez et Pécresse leur accordent une subvention au titre de la politique de la ville) ou indirectes (les écoles ER bénéficient également de la taxe d’apprentissage, d’ exonérations fiscales et de contrats aidés). L’image des écoles ER commence cependant à s’écorner. Un travail documenté du magazine Causette a mis en lumière les dérives à l’œuvre dans ces écoles, tout comme des rapports d’inspection. Dans l’académie de Versailles, un rapport pointe les contenus (souvent limités aux fondamentaux) et dénonce des dérapages en SVT (dans un manuel les pages concernant la contraception sont collés), en histoire (où l’on enseigne que “Pétain a sauvé la France et que des ingrats ont fui au R-U”) ou en instruction civique (“comment reconnaître la race blanche ?”). A Marseille, des parents ont porté plainte pour abus de confiance. Quant au niveau, il semble extrêmement faible (en dépit d’effectifs allégés). Les établissements publics qui récupèrent les élèves par la suite signalent leurs lacunes. Au final, les écoles espérance-banlieues sont une vitrine destinée à promouvoir la “reconquête chrétienne de l’école” (Mestrallet) et la libéralisation de l’enseignement avec le chèque éducation (imaginé par l’économiste Milton Friedman et expérimenté par Pinochet au Chili pendant la dictature, ce système consiste à ne plus financer directement l’école publique, mais à donner aux parents le montant d’une année d’étude à investir dans le public ou le privé).

Vous trouverez un article très intéressant de Grégory Chambat sur le site questionsdeclasses.org, à lire en cliquant sur l’image ci-dessous :